Les bourbiers en 4×4

Certains d’entre nous ne vivent que pour ça. Pour l’énorme plaisir de partager pour quelque instant la vie des sangliers et des cochons. Pour eux, et pour moi je l’avoue, le bonheur c’est la boue. Mais pas n’importe laquelle : celle qui colle, celle qui sent et qui tache. Bref ; la vraie, contre laquelle les meilleures lessives du monde ne pourront jamais rien.

Je pourrais ne suivre que mes bas instincts et vous imposer d’effectuer une reconnaissance à pied. Vous affirmer qu’il est indispensable de stopper votre véhicule au milieu pour tenter de repartir. Vous assurer que les compétences du pilote sont directement proportionnelles aux traces de terre sur le toit de son 4×4. Et, faire en sorte que le soir venu votre épouse ne vous accepte dans le lit conjugal que sous réserve d’un lavage au nettoyeur haute pression.

Hélas non, mon rôle est ailleurs. Snif !. Les termes peuvent paraître incompatibles, pourtant, comme toutes les autres difficultés, un bourbier, ça peut aussi se passer proprement. Mais c’est moins rigolo…pardon je ne devais pas le dire !.

Que l’on mette bien les mêmes images en face des mêmes mots. Un bourbier, c’est une substance épaisse faite d’eau et de terre sur au moins 20 centimètres de profondeur et 5 mètres de long. Si ce n’est pas le cas, une conduite classique type 2ème courte 2 500 tours devrait vous permettre d’arriver de l’autre côté sans difficulté particulière.
Le vrai bourbier lui ne se laissera pas vaincre sans lutter. Comme d’habitude depuis quelques leçons, la première chose à faire est de descendre de la voiture. Par contre, chaussez vos bottes tout de suite. Ça peut aider pour la suite. Ramassez le bâton à vos pieds, il va vous permettre de vous rattraper in extremis après votre première glissade. Servez-vous en aussi pour sonder la profondeur de la boue. Plus le bâton s’enfonce, et plus le bourbier sera compliqué. Entre nous, si votre bâton mesure 1,20 mètre et que vous l’enfoncez jusque mi-coude, le mieux c’est encore la marche arrière.

Essayez aussi de vérifier l’état du fond. Si votre bâton s’arrête net, c’est qu’il est dur donc porteur.

Pendant que vous êtes en observation, dites-vous bien que d’autres promeneurs motorisés se sont plantés bien avant vous dans ce bourbier. Le but n’est pas de vous apeurer, mais de vous faire prendre conscience que pour s’en sortir, ils ont du jeter bon nombre de branches et autres objets censés leur redonner du grip. Pouf Pouf Pouf. Par contre, ces bouts de bois sans réelle valeur motrice sont dressés pour arracher vos durites de freins ou se coincer dans votre direction. Mieux vaut les enlever dès maintenant que de les traîner jusque dans votre garage.

Le passage est propre, alors en voiture.

J’ai l’impression de me répéter, mais prenez de l’élan. C’est encore madame inertie qui va se battre en équipe avec madame adhérence Ca fait un peu combat de catch féminin par équipe et dans la boue…L’inertie va pousser votre véhicule sans que l’adhérence ne rentre en jeu. Dès que l’inertie n’en pourra plus, elle va taper dans la main de l’adhérence qui fera de son mieux pour poursuivre le mouvement. Pourtant, malgré sa bonne volonté, ses capacités seront bridées par les sculptures de vos pneus et leur pression.

Arrangez-vous pour prendre une trajectoire permettant à votre véhicule de conserver une assiette horizontale permettant de répartir le poids sur chacun des pneus. Vous éviterez ainsi de provoquer un croisement de pont et donc une perte de motricité généralisée. Pour les véhicules munis de blocage de différentiel, c’est le moment de les enclencher et de nous dégoutter.

Vous venez de vous immobiliser au milieu du gras, passez la marche arrière à la volée et tentez de reculer. Si cela fonctionne, remontez au maximum avant de réessayer. Normalement, chaque essai doit vous permettre d’avancer toujours un peu plus. C’est normal, votre véhicule fait sa trace dans la boue. En insistant, vous devriez pouvoir atteindre l’autre rive. Dans le cadre de cette pratique, gardez toujours un œil sur la température du moteur. La faible vitesse de progression n’étant pas en rapport avec l’effort fourni par le moteur. il n’est pas suffisamment refroidi. Dès que vous constatez une surchauffe arrêtez tout et laissez tourner la mécanique.

Tous aux abris c’est notre bon monsieur Brutos qui essaye. Oh la belle gerbe, y’en a plein le pare brise. Pour de l’élan, c’est de l’élan. A mon avis, l’aiguille de son compte tour à décidé d’aller se promener dans la zone rouge. Aie ! ça commence à coincer. Oula, j’avais oublié de vous dire, avant de passer la marche arrière, pensez à débrayer, c’est mieux pour la boîte. Il recule un peu, repasse en seconde, toujours sans débrayer. C’est reparti ! Un mètre de mieux mais, ce coup-ci il est bien planté, plus rien à faire, ni marche arrière ni marche avant. Alors stop, J’AI DIT STOP BRUTOS !. Pas la peine de tout retourner. Le véhicule qui vous suit a des pneus de plus grand diamètre, alors laissez lui une chance.

Lui, il arrive avec de l’élan mais pas trop. Ça coince, mais on sent que les pneus vont plus dans le fond. Encore un petit effort. Oui c’est bon, il est passé. Pourtant, c’est le même 4×4 que monsieur Brutos à part les pneus. Du fait de leur plus grande taille, il a moins frotté et les pneus sont allés chercher le fond. Il a fini par passer.

Moralité, le bourbier c’est le seul véritable maître du 4×4. Il ne vous laisse passer que s’il le souhaite. Il peut se laisser traverser par plusieurs et tout d’un coup décider qu’il en sera autrement pour les suivants. Parfois même il pourra vous garder plusieurs heures, ne vous laissant récupérer votre véhicule qu’après d’énormes efforts.
Comme le caméléon, il change de visage selon les saisons à tel point que vous ne rencontrerez jamais le même. Vous aurez beau passer cent fois, il sera toujours différent.

Je rassure les plus peureux, il y a un moyen de vaincre les bourbiers : Attendre l’été.

Dernier petit conseil technique. Après une sortie boueuse, veillez à nettoyer votre véhicule sur le champ. Votre voiture sera plus facile à laver si elle est encore fraîche. Insistez bien sur les freins, pensez à l’intérieur des jantes, et n’oubliez surtout pas votre radiateur…

Remerciements à VIKLAND, RED ZONE TEAM, Olivier d’azimut TT

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Journal du 4magazine 4x4 & SUV

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